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J'ai commencé à me "scarifier" à treize ans.
Il se passe beaucoup de choses à ce moment de notre existence, et si le mot fait peur, laissez-moi vous raconter d'abord.
C'était l'été de ces étés où l'on n'est plus tout-à-fait enfant, ni tout-à-fait une vraie ado. Une période charnière où l'on s'enthousiasme vite, où l'on est déçue vite aussi.
Mais il y avait ce gars-beaucoup trop vieux pour moi- qui ressemblait vaguement à KC que je venais de découvrir. Un été teinté de cette musique, et d'autres futilités qu'on a en tête au même moment, et je me suis longtemps posé des tas de questions à l'époque telles que "est-ce que cette musique m'interpelle soudain parce qu'il s'est suicidé?" ou parce que tout simplement j'étais en train de mûrir et de ne plus me contenter des gentilles chansons que mes copains écoutaient?
ou encore: pourquoi j'ai cette permanente senstaion de ne pas être comme les autres, ces jolies filles qui s'affichent, ou de foutre la honte ç mes frer-seur plus âgés, à qui mon rôle de solitaire un peu dans la lune convenait très bien?
Bref il y a eu ce gars en vacances qui m'a appris des tas de choses sans en avoir conscience, et sur les courts de tennis, j'avais pris une sale habitude de me planter des pics de pin sous la peau, vraiment à la surface, rien de grave, mais pour la première fois j'ai compris que ces moments disparaîtraient au bout de quelque temps. J'avais une sorte de croûtage à l'intérieur de la cuisse, qui correspondait à un moment où il m'avait parlé, peut-être, et j'ai entretenu la minuscule blessure, non pas pour me mutiler, mais pour que mon corps se souvienne de ces instants où, il me semble, j'ai rencontré une personne qui a changé ma vision de la vie, qui m'a apporté une sorte de sérénité. Je voulais en garder la marque sur moi, parce que tout le reste n'est que souvenirs qui se déforment, à tel point qu'on les oublie vite, et que je voulais le garder à vie, cette minuscule empreinte.
J'ai toujours cette minuscule trace de cicatrice à l'intérieur de la cuisse, qui me rappelle mes treize ans, et qui me rappelle que la vie en vaut la peine. Et chaque fois que je la vois je repense au courts, à cet été, et j'ai treize ans à nouveau.
Je me suis pas mal croûtée ce weekend aussi et je serais tentée de faire la même chose, sauf que je n'ai plus 13 ans, et que j'ai des marques sur la peau qui ne parlent pas de souvenir mais de souffrance, mais en même temps, à quoi ça tient d'avoir 13 ans à nouveau, juste écouter le même album dans un contexte si différent de ma réalité d'adulte...
Le temps efface.
Mais les cicatrices restent.
Si je pouvais effacer les "mauvaises" cicatrices et garder celles qui me servent de souvenir de moments forts, je le ferai.
il est bien tard et je suis bien chargée pour écrire un article aussi personnel. j'aurais pu en faire un mail, mais voilà.
Ecrit par stupidchick, le Jeudi 20 Août 2009, 03:17 dans la rubrique "silencio".

Commentaires
MangakaDine
20-08-09 à 14:25
Pucette c'est joli ce que tu dis. Moi je garde pas ces souvenirs là sur mon corps mais tout contre. Je conserve des trucs ridicules, des brindilles de branches, des bouts de feuille, des tickets de train ou de métro, des trucs que j'ai trouvé par terre....c'est pas sur moi mais il suffit que je tende la main pour y avoir accès et c'est un bout de réel aussi qui transcende les images des souvenirs, c'est comme si on pouvait sortir un objet de son rêve et le tenir contre soi au réveil, c'est pareil et aussi beau.
Tu peux m'appeler ce soir si tu veux.
Bisous.
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Re:
stupidchick
25-08-09 à 18:44
j'ai ma carte LIBERTE!!!!!
et des croûtes qui ne veulent pas partir.
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aphone
28-08-09 à 13:26
Tu souffres et tu l'exprimes par des actes, il faut que tu arrives et l'évacuer par la parole. C'est tentant de se faire du mal, mais finalement ça laisse des traces comme tu dis, des croutes, et ça ne soulage pas tellement. Je t'embrasse fort !
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Re:
stupidchick
29-08-09 à 18:46
oui mais en fait ici je voulais parler de l'autre pratique de la scarification, qui n'exprime pas la soufffrance mais qui est plutôt un façon de se "souvenir", de "marquer" les bons moments. D'autres dont des tatouages...
merci quand meme pour ces mots, je t'embrasse aussi.
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