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Séquestration mentale

I’m lost but I’m not stranded yet

Je ne dors plus la nuit.

Hier soir je n’avais pas envie de rentrer chez moi. Parce qu’on sait bien toutes autant que nous sommes que le vrai danger ne vient pas de l’extérieur, comme le Monde Entier essaie de nous le faire croire pour nous garder bien au chaud, sous contrôle. Le danger réel vient du dedans. Il tisse sa toile en attendant le moment de nous paralyser. Le dehors, c’est le seul espace dans lequel j’ai envie de m’inscrire, ou plutôt, de disparaître, comme Natalie Portman, juste le temps de dire « fais-moi un thé, cowboy ». C’est pour ça aussi que je me planque dans les salles obscures. Là au moins on ne viendra pas me trouver. Et que l’endroit où vous êtes le plus en sécurité, d’une certaine façon, c’est la foule. Dans l’effacement. Si vous n’existez pas, on ne peut pas vous faire du mal.

En d’autres termes, je refais une petite crise de parano. J’ai pas tellement l’intention ni le courage de la maîtriser, de la raisonner. C a passé deux mois en fugue de gare en gare, pour ne pas qu’ils le retrouvent. (il y a longtemps, quand je lui avais dit que je voulais me barrer il m’a tout de suite compris, il m’avait lâché son numéro pour que je garde un lien où que je sois malgré tout, pour ne pas m’égarer dans ma tête comme lui l’avait fait)

Tout ce que je sais c’est que l’immobilité spatiale me permet d’être localisée, traquée, chopée presque trop facilement, sans pouvoir bouger. Même si la menace n’est (peut-être ?) que dans nos têtes.

A l’intérieur il suffit de vous mettre en confiance, de flatter le monstre de narcissisme que vous êtes, de vous donner envie d’y revenir. Après, c’est facile de vous coincer dans un coin quand vous êtes vulnérable; de vous enfermer et pendant ce temps-là on vous pique vos idées tout en vous faisant oublier que c’étaient les vôtres. Et vous ne pouvez rien dire, rien faire. Et surtout, vous vous demandez ce qui s’est passé ; vous ne comprenez pas qu’on puisse vouloir vous piquer vos idées, parce que si on en croit le Reste du Monde c’est lui qui les a, les bonnes idées, pas vous. Et à la fin, stupide syndrome de Stockholm, on s’attache à son bourreau parce que, asservie pour asservie, s’il n’y a vraiment aucun moyen de s’en sortir, autant arrêter de résister et faire ce qu’on attend de nous. Que si c’est le seul type d’être humain qu’on va avoir en face de soi pour le restant de sa vie autant faire amis. Parce qu’au bout d’un moment, aussi, on a oublié qu’il y avait peut-être autre chose, avant qu’on nous bourre le crâne sur ce que l’on est et ce que l’on doit faire. Que les choses pourraient être différentes (et elles l’étaient, d’ailleurs, seulement toutes les traces ont été effacées). Parce que, d’accord ou pas, erroné ou pas le moule est fait de telle façon (on se demande bien qui l’a inventé ce putain de moule, d’ailleurs, pour qu’on s’y sente autant à l’étroit) qu’il ne reste, en gros, que deux alternatives : soit s’épuiser à essayer de résister, en vain peut-être ; soit céder et se taire, se compromettre, aller dans le sens qu’on nous impose sans plus chercher à se demander si c’est ce qu’on voulait vraiment.

Voilà comment ça se passe quand on est enfermée dedans.

 

Moi je me suis enfermée dehors. C’est pas beaucoup plus glamour, parce que certes mes idées n’appartiennent qu’à moi mais je n’ai plus de support sur lequel les faire couler. Je me cache, je préserve ma beauté- ou mon potentiel- des regards et du coup, certes, personne ne peut la déformer, me la voler et me la saccager -ou tout simplement s’en servir comme d’une nouvelle cage pour entraver les autres- mais elle reste mise en sommeil. Elle n’a pas de pouvoir non plus. Elle s’étiole.

Comment s’affranchir des stéréotypes tout en s’inscrivant dans un contexte socio-culturel qui en est complètement imbibé ? Je pose la question. Je n’ai pas de réponse, pas aujourd’hui.

 

Comment créer un modèle et le faire passer, spread the word, sans pour autant être récupérée par des gens qui n’auraient pas compris, ou pas voulu comprendre, et qui pervertiraient le message au point extrême ? Lu dans un bouquin d’Isabelle Chelley qui parle des chansons de Nirvana : si la reprise de Polly version new-wave se trouve sur Incesticide, c’est une façon de remettre les choses à leur place, un mémorial pour la fille que des types ont violé en lui chantant la chanson. Que les machos et les homophobes arrêtent d’écouter mes albums, avait demandé Kurt Cobain par la suite.

…comme si on pouvait empêcher quelqu’un d’écouter des disques…

Je lis sur ce passage dans ce bouquin ouvert totalement par hasard et des larmes écarquillées d’angoisse sortent de mes yeux qui ne se sont pas fermés de la nuit. Sans que j’arrive à savoir vraiment pourquoi. Peut-être parce que moi aussi dans ces conditions je me serais tirée une balle.

 

Peut-être bien qu’il faut détruire tout ce qu’on a de mieux plutôt que de le laisser aux mains des autres. Comme une mère tuerait son bébé plutôt que de le laisser mener la même vie d’esclave qu’elle. (« ce n’étais pas une histoire à faire passser »)

 

Et toutes ces filles nues sans tête sur les sites crades ça pourrait très bien être moi, toi, nous, ta soeur, ta femme.

 

Pourquoi je devrais assumer quelque chose que je n’ai pas choisi ?

 

C’est le même corps que le mien, et pourtant ce n’est pas moi du tout, je n’ai en aucune façon envie d’y être associée de quelque manière que ce soit ; malgré moi je vais quand même y repenser après-coup face à mon corps, quand je prends ma douche, quand je me regarde dans la glace. Pour le différencier, pour dire que ce corps générique qu’on aime humilier, salir, traîner dans le sperme ça n’a rien à voir avec moi, je pourrais faire des marques sur le mien, de corps, puisqu’il faut bien qu’on vive ensemble lui et moi; l’affamer, le désexualiser, dessiner des étoiles au cutter, des anges cautérisés, des bleus en forme d’arbre, une œuvre d’art scarifiée, en relief. Qui ne serait plus consommable, utilisable. Qui ne ressemblerait plus à une poupée gonflable produite à la chaîne, à quelque chose qui ne m’appartient plus et qu’on traîne en-dessous de tout. Y écrire mon nom avec une lame de rasoir. Rendre la torture mentale concrète. C’est monstrueux mais c’est à moi. Personne ne va me l’enlever. Et quand ça cicatrise, ça cicatrise dans la psyché aussi.

 

Ouf. Enfin libre. Contente, rendue à moi-même. Mutilée mais libre.

                                                          

 

Un peu de légèreté pour clore cet article plombant

(rions un peu avec les magazines féminins)

Lu en couverture d’un magazine féminin ironiquement sous-intitulé ‘soyez votre propre coach’ :

« sexualité : faut-il tout accepter pour le garder ? »

Personnellement je ne me serai jamais posée la question avant qu’elle ne me saute à la gueule dans la devanture. Et puis, mettre dans la même phrase « sexualité » et « il faut », j’ai déjà envie d’arracher tous les exemplaires de l’étal et les balancer à la gueule du buraliste, le pauvre, qui n’y est pourtant pour rien. Mais, putain, à qui s’adressent ces articles de merde ? Est-ce que je suis l’exception qui confirme la règle ? Dans ce cas-là, toutes les filles sont des bonnes connes maso-dépendantes sauf moi ? Non, je n’y crois pas une seule seconde. Oui, mais les autres, alors, qu’est-ce qu’ils croient ?

Comme cet espèce de crétin qui me parle de sa position préférée en croyant trouver un terrain d’entente; je fais « bof, non, pas celle-là, pas terrible ». Interloqué d’abord, il finit par me répondre, sceptique : « c’est bizarre, parce que j’ai lu dans un magazine féminin que toutes les filles aimaient ça. » Comme si ça allait changer mes goûts personnels en trois secondes pour me conformer à ce qu’ils ont dit dans son putain de magazine. Des fois, quand on me prend pour une conne comme ça, ça me met vraiment les nerfs. Il y a des claques qui se perdent.

Toutes les filles, il a dit, le magazine ? Alors, j’en sais rien, silly bugger, tu n’as qu’à  te dire que je ne suis pas une fille.

Des fois, sincèrement, j’aimerais bien.

écrit par maw en Mai 2005 (quand elle savait écrire)

 (cet article a été écrit en 2005. je n'ai pas bougé une ligne. à considérer comme une archive)

Ecrit par maw, le Dimanche 13 Avril 2008, 15:28 dans la rubrique "bugger off".


Commentaires :

  stupidchick
stupidchick
13-04-08
à 15:56

quand Trent faisait du disco

en souvenir du bon vieux temps

et on remet la boule à facettes!

 Des rêves qui suintent de trahison.


  LENARRATEUR
LENARRATEUR
13-04-08
à 20:05



  LENARRATEUR
LENARRATEUR
13-04-08
à 20:06

 

  LENARRATEUR
LENARRATEUR
13-04-08
à 20:10

Je deteste le disco de trent je prefere ces  deux morceaux la....
bien plus sombres et tellement plus beaux....



  stupidchick
stupidchick
13-04-08
à 20:15

Re:

arrête de nous spammer moi-les filles gros

  LENARRATEUR
LENARRATEUR
13-04-08
à 20:44

Re:

moi qui croyait te faire plaisir.........

  titegreuet
titegreuet
13-04-08
à 20:49

...Toutes les filles...
Je sait pas, je suis d'accord avec toi, le moule est trop etroit, les filles sont trop...trop quoi.?. Futile.(?).
Je me sent pas comme elles non plus...
J'suis d'accprd...

  LENARRATEUR
LENARRATEUR
13-04-08
à 23:06

Re:

Jpige pas du tout vot reflexion m'enfin bon!!!

  Absurdus
Absurdus
15-04-08
à 13:37

Merci pour le déraillement. Deux jours que j'essaie d'intégrer de nouvelles données et de les rendre compatibles avec le reste sans faire trop de vagues, en essayant d'ignorer que ce n'est simplement pas possible.
On pourrait appeler ça un remue-méninges salutaire, si le système de défenses immunitaires n'était pas si vigoureux.

  stupidchick
stupidchick
15-04-08
à 19:47

Re:

Merci à toi pour cette trace. (assez opaque par ailleurs)

  Absurdus
Absurdus
16-04-08
à 10:54

Oui, désolé. J'aurais dû m'essuyer les pieds avant d'entrer.