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calm like me
AsileMawi chez les fous, suite --> HP + 7 Ca devient un peu n'importe quoi dans mon "hôtel de vacances pas cher mais étrange". Je ne suis pas comme eux. Par exemple, tout simplement, je n'ai pas envie de sortir, moi. Je ne suis pas là pour les mêmes raisons qu'eux.
Deux matins de suite que ces espèces de fous viennent me réveiller avant l'heure en frappant à la porte, soit pour faire une blague (hin hin je suis morte de rire) soit pour me taper des clopes, parce qu'hier j'ai dit "j'en n'ai plus, mais j'en aurai demain", et qu'ils s'imaginent que je suis sortie dans la nuit en acheter, ou que je les fabrique en dormant, je sais pas.
Ca me rappelle dans les petites annonces d'Elie, "yen a marre des mongoliens!!!!"
D'autres fois je les trouve un peu trop normaux, et ça aussi ça m'emmerde. Entendre des propos hétérosexistes ici, ça m'ennuie profondément. Peut-être qu'il y a autant de cons chez les fous que chez les gens normaux.
Et moi et moi et moi alors? Il y a moi et Liam. Liam et moi on parle anglais et personne ne pige, c'est peut-être pour ça qu'il n'y a que lui avec qui je peux parler vraiment, parce qu'on a un langage à nous auquel personne ne peut interférer. Liam et moi sommes ici pour des raisons matérielles. Et moi j'ai vraiment l'impression que le personnel attend que je parte, parce que je suis parfaitement saine et consciente et "aware" comme dirait l'autre. Seulement, j'ai promis que je restais ce weekend.
Je n'ai pas envie de sortir mais je ne fais que grapiller du temps. J'aime bien être à la marge. Comme Liam. Il me fait trop rire avec tout ce qu'il a vécu dans sa vie, il est excellent. Il est là pour moi. Il pourrait presque être mon père. Un père comme lui ça doit être terrible. Un soir que j'avais tiré un couteau d'à table pour pouvoir découper mon fromage dans ma chambre bien peinarde la nuit dans ma piaule, il m'avait rattrapé dans le couloir pour me demander si ça allait, parce qu'il avait tout vu. Ca m'a fait rire, parce que ce sont des couteaux de cantine qui ne coupent pas et je ne vois vraiment pas ce que j'aurais pu faire avec. Et puis, je ne me coupe pas. Il y en a beaucoup qui se coupent ici, et ça n'a rien de glamour. Un gamin avec des cicatrices de coupures grosses comme des haricots qui s'attache à moi en cinq minutes -alors que je ne lui ai rien demandé- et me promet qu'il ne recommencera plus -alors que je n'ai rien demandé non plus.
Il n'y a rien de glamour à tout ça. Ni de "c'est horrible, pauvre petit malheureux". Je ne sais même pas ce que j'essaie de vous dire. Voir les gens pleurer d'angoisse à longueur de couloir. Je n'ai même pas envie de les comprendre, ou d'être comme eux. Juste de les aider à aller mieux. Et parfois il suffit d'être là et de faire semblant d'écouter. Je n'ai rien fait de spécial. Et puis, il y a des choses qui ne s'expliquent pas. Pourquoi dedans je me sens hypernormale, et là en ville toute seule je vois bien que je ne suis pas non plus comme les gens du dehors.
Il y a trois, quatre ans j'avais lu "Girl, Interrupted". Et là je suis dedans. Sauf que moi je sors quand je veux; mais je ne veux pas sortir. Tiens, une raison qui m'aurait donné envie de partir c'est la façon dont le personnel nous infantilise. Et bien ils ont arrêté, au moins avec moi. Ils ne viennent plus me chercher pour les repas, ou me réveiller le matin. Je n'ai même pas vu le médecin ce matin. J'ai l'impression d'être une intruse; mais Liam aussi est un intrus, alors. Et puis, personne des patients ne veut que je parte.
Le soir on joue de la guitare et ce soir, on pourra même brancher le synthé. Je n'ai pas de synthé chez moi. Pourquoi est-ce que j'aurais envie de rentrer?
Tout le monde ou presque sait jouer. Les mecs ont de super belles voix émouvantes et graves (maouuuu), ils jouent du blues. Ca n'est pas du tout comme dehors. Tout le monde est complètement shooté. Tout le monde s'en fout, mais tout le monde écoute avec désintéressement comme pour se tirer de la torpeur. On est cassés et on passe le temps. Ils sont beaux, ici aussi. Beautés inquiétantes, la question que je n'ose poser, pourquoi tu es là. Si je ne le sais pas je me doute qu'il ne vaut mieux pas que je sache. Les suicidaires aiment que ça se sache. Et pourtant je raconte mal.
Le personnel nous observe sans en avoir l'air, c'est mon voisin qui m'a dit ça. Notre comportement. Il a vu son dossier. Moi j'aimerais bien voir le mien. Savoir ce qu'ils disent sur moi. "Ne fait pas son lit".
"Se croit au Club Med."
"Simulatrice?"
"Trop gentille, se laisse bouffer par les autres pensionnaires". (cf ce matin)
Je ne sais pas.
Hier j'ai vu mon père et j'ai toujours peur en voiture avec lui, seulement, cette fois-ci c'était complètement égal parce que je savais que j'allais rentrer à l'hôpital par la suite. Dans un de mes rêves la nuit dernière on s'engueulait lui et moi et il me disait que mon suicide c'était juste pour me rendre intéressante, et je lui hurlais que j'avais fait ça à cause de lui et que j'étais prête à recommencer sur-le-champ pour qu'il comprenne. (et au fond je m'attends à cette scène en rentrant. C'est pour ça que peut-être, à partir d'hier, je ne le reverrai pas. )
C'est du n'importe quoi. Je ne sais pas ce qui me fait le plus peur au fond, que plus rien ne soit comme avant une fois que je serais sortie; ou que ça n'ait rien changé à rien.
Ecrit par stupidchick, le Vendredi 15 Juillet 2005, 14:54 dans la rubrique "Actu".
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